Randonnée dans la médina de Tunis (côté Nord et faubourgs)


Bonjour à tous !
 
Aujourd’hui, un deuxième parcours urbain nous amènera dans les faubourgs Nord de la médina de Tunis.

Nous traverserons les quartiers de Bab Souika avec sa fameuse place de Halfaouine où nous visiterons le complexe architectural créé par le ministre Youssef Saheb Ettabaa du Bey Hamouda Pacha l’Husseinite au début du XIXème siècle. Nous traverserons ensuite les quartiers de Bab el Khadra avec son souk de sidi Bahri, puis la Hafsia, ancien quartier juif de la médina, célèbre aujourd’hui pour ses frippes. Le retour se fera par le souk des Grana, la rue ez-Zitouna puis le souk et-Trouk.
 

Départ de la visite

Le départ se fait depuis la place de la Kasbah ou place du gouvernement, en haut de la médina. Vous pouvez garer votre voiture dans le parking souterrain sous l’esplanade située au dessus de la Kasbah.

Coordonnées géographiques :
36°47’51.84 N
10°10’06.27 E

Difficulté : Peu difficile

  • Durée : 3-4 heures environ, variable suivant le temps passé dans les monuments ou dans les cafés. Vous pouvez aussi vous arrêter dans une des innombrables gargotes pour déjeuner. Non-stop, il y a moins d’une heure de marche.
  • Goudron ou ruelles étroites et pavées
  • Technicité : les pavés n’étant pas forcément nivelés, préférez une bonne paire de tennis aux talons aiguilles.
  • Attention, comme dans tout centre ville, les vols à la tire sont possibles. Evitez les sacs à main, colliers en or…
  • N’hésitez pas à frapper aux portes des sites indiqués. Souvent à vocation administrative ou culturelle, ils peuvent être fermés les samedis après-midi, dimanches ou lundis. Vous pouvez tout de même tenter votre chance et espérer, moyennant un beau sourire, l’aval des gardiens pour y entrer.
  • N’oubliez pas de consulter l’article consacré à l’histoire de la médina avant de faire cette randonnée.

 

Itinéraire de la rando

🙂 Astuce 🙂

  • Pour imprimer le plan, ouvrir le fichier suivant avec le logiciel GoogleEarth.
  • En cliquant sur les icônes jaunes, vous faites apparaître le nom des monuments décrits dans cet article.

 

Description de la rando

 
Depuis la Kasbah, descendez vers l’ouest le boulevard Bab Bnet (porte des filles). Bab Bnet est l’une des portes qui permettaient de franchir les remparts de la médina. Sa construction date du XIIIème siècle. Ne la cherchez pas, aujourd’hui il n’en reste que le nom. En descendant cette rue, vous longez sur la gauche le collège Sadiki.
 

Le collège Sadiki

Le Collège Sadiki est le premier lycée moderne de Tunisie. Il est créé en 1875 à l’initiative du grand vizir de Sadok Bey, le général Kheireddine Pacha, après une visite en France où il est séduit par le système éducatif français (la visite du palais est programmée dans l’article Médina Ouest).

Il est le premier établissement tunisien à dispenser un enseignement moderne : arabe, français, littérature, sciences, mathématiques ou encore étude du Coran. L’enseignement y est gratuit et sa capacité à l’origine est de 150 élèves dont trente internes. Initialement rue Jamaa Ezzitouna, il est ensuite transféré dans les bâtiments actuels construits par les autorités du protectorat français en 1901 dans un style alliant la majesté des édifices officiels français et les formes de l’architecture arabe traditionnelle.

Kheireddine Pacha le crée avec l’intention de former des interprètes et les futurs cadres qui auraient à gérer le pays. Le collège est une révolution dans les sphères intellectuelles tunisiennes car il introduit des matières nouvelles et totalement étrangères à celles enseignées à l’Université Zitouna. Une grande partie de l’élite tunisienne est passée sur ces bancs. D’ailleurs, l’une des faces du nouveau billet de 20 dinars émis en 2013 met à l’honneur le collège Sadiki.

La façade du collège Sadiki

La façade du collège Sadiki

La cour d'Honneur du collège.

La cour d’Honneur du collège.

La cour d'Honneur du collège.

La cour d’Honneur du collège.


 

Le mausolée Farath Hached

Devant le collège, en bordure de la rue, un mausolée sur-dimensionné à mon goût cache la Sadikiya : le mausolée de Farath Hached, grand syndicaliste tunisien. Il était l’un des principaux chefs de file du mouvement national aux côtés de figures comme Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef. Il est assassiné en 1952 par le Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, un service de renseignements français, son assassinat étant pendant longtemps attribué à La Main Rouge, une organisation armée favorable à la présence française en Tunisie. Ce mausolée fut construit en 2002, date du cinquantième anniversaire de sa mort.

Le mausolée de Farath Hached.

Le mausolée de Farath Hached.

 

Les Ministères

Le boulevard Bab Bnet accueille de nombreux ministères. A droite, on observe les portes monumentales du Ministère des Affaires Religieuses.

Patio du Ministère des Affaires Religieuses.

Patio du Ministère des Affaires Religieuses.

Sur la gauche se trouve le Ministère de l’Education, puis le Ministère de la Justice et le palais de Justice de Tunis. Le palais de justice est un très beau bâtiment en forme de U, avec sa belle galerie supérieure composée de 11 arcs voûtés, soutenus par des paires de colonnes en marbre. Au rez de chaussée de ce bâtiment (au 31 Bd Bab Bnet précisément), vous trouverez le musée de la Justice et des Droits de l’Homme.

Façade du Palais de Justice.

Façade du Palais de Justice.

Salle des pas perdus du Palais de Justice.

Salle des pas perdus du Palais de Justice.


 

La place de Bab Souika

Continuez à descendre le boulevard jusqu’à un tunnel routier. Empruntez l’une des contre-allées et continuez jusqu’à la place de Bab Souika.

Bab Souika est l’une des portes de la médina de Tunis. Démolie en 1861, elle se trouvait entre les portes Bab el Khadra et Bab Saadoune (deux portes toujours visibles), près du quartier d’Halfaouine.

Bab Souika, signifiant « Porte du petit souk », tire son nom d’un ensemble de souks datant de Sidi Mahrez (évoqué dans l’article Rando dans la médina, côté Ouest et Nord). Le quartier général du club de football de l’Espérance Sportive de Tunis se situe sur la place Bab Souika.

La place a été complètement réagencée dans les années 1980 suite à la construction des tunnels. L’architecture et l’ambiance ne sont plus les mêmes mais l’on peut retrouver ce qu’était le Bab Souika d’avant la restauration en s’asseyant à la terrasse d’un café un soir de Ramadan par exemple.

Place de Bab Souika en 1890.

Place de Bab Souika en 1890.

La place Bab Souika actuellement.

La place Bab Souika actuellement.


 

Le souk d’Halfaouine

A gauche de la fontaine et de la poste, empruntez la petite ruelle, rue Souk el Halfaouine, envahie d’échoppes de marché et de clients pour parvenir 800 mètres plus loin sur la place de Halfaouine. Au passage, vous ne manquerez pas de remarquer et d’apprécier les différentes odeurs et la variété de couleurs de ce marché très pittoresque. En haut de la rue, je vous recommande le marchand de makroudh (gâteau de semoule de blé dur fourré d’une pâte de dattes, de figues ou d’amandes), de biscuits et de citronnade.

Halfaouine est notamment célèbre pour avoir été le lieu de tournage du film « Halfaouine, l’enfant des terrasses » (Asfur stah) de Ferid Boughdir dans les années 1990. Il vous faudra absolument le voir pour retrouver l’ambiance de ce quartier.

L'entrée de la rue du Souk el Halfaouine. Marchand de hendi (figues de Barbarie).

L’entrée de la rue du Souk el Halfaouine. Marchand de hendi (figues de Barbarie).


 

La mosquée Yousef Saheb Ettabaa

La place est bordée par la mosquée Yousef Saheb Ettabaa du nom du personnage public qui l’inaugura en 1814. Très bel édifice qui se distingue par sa riche décoration : emploi de marbres précieux pour les colonnes ainsi que pour le revêtement des murs intérieurs et stucs finement ciselés pour les plafonds Son minaret de forme octogonale est resté inachevé jusqu’en 1970, lorsque des travaux de restauration ont terminé son lanternon.

Mosquée Youssef Saheb Ettabaa.

Mosquée Youssef Saheb Ettabaa.

Mosquée Youssef Saheb Ettabaa et place de Halfaouine vues depuis l'étage du palais Saheb Ettabaa.

Mosquée Youssef Saheb Ettabaa et place de Halfaouine vues depuis l’étage du palais Saheb Ettabaa.


 

La médersa Yousef Saheb Ettabaa

Vous pouvez aussi trouver sur le côté de la mosquée (près du minaret) une medersa que vous pouvez visiter. Il y a de très belles colonnes de marbre dans le patio. Actuellement c’est le siège d’une association islamique et un centre d’apprentissage du Coran.

Entrée du patio de la medersa Saheb Ettabaa.

Entrée du patio de la medersa Saheb Ettabaa.


 

Le hammam d’Halfaouine

Au niveau de la place Halfaouine se trouve également le célèbre hammam dont il est question dans le film de Ferid Bhoughdir.

Façade et coupole du Hammam el Halfaouine.

Façade et coupole du Hammam el Halfaouine.

Entrée du Hammam el Halfaouine.

Entrée du Hammam el Halfaouine.


 

Youssef Saheb Ettabaa

Ce complexe architectural complété par un fondouk, une fontaine publique et un souk a été commandé à l’époque par Youssef Saheb Ettabaa. Ancien esclave d’origine moldave, offert au prince Hamouda Pacha, il devient peu à peu une personnalité influente, ministre du bey puis principal gouverneur de la politique beylicale. Il réussit à s’imposer comme le premier négociant de la régence ottomane. Trop puissant, il est assassiné après la mort de son protecteur Hammouda Pacha, à l’instigation des princes Hussein et Mustafa.
 

Le Palais de Youssef Saheb Ettabaa

En face de la ruelle par laquelle vous êtes arrivés, à côté de la mosquée, se trouve le palais Youssef Saheb Ettabaa. Ce palais est actuellement occupé par une bibliothèque publique.

Pour accéder à la bibliothèque, prenez le passage voûté sous lequel se poursuit le souk. Environ 20m plus loin à droite, une petite cour couverte abrite un escalier de marbre qui mène au dernier étage. Demandez le bibliothécaire Ahmed qui vous montrera les plus belles vues sur la mosquée depuis l’étage du palais. Le reste du palais est habité.

Façade du palais Saheb Ettabaa.

Façade du palais Saheb Ettabaa.

Escalier d'entrée au palais.

Escalier d’entrée au palais.

Patio à l'étage du palais. Colonnes en marbre de Carrare.

Patio à l’étage du palais. Colonnes en marbre de Carrare.

Plafond peint d'une pièce du palais.

Plafond peint d’une pièce du palais.


 

Le mausolée Sidi Ali Chiha

Derrière la mosquée, vous pourrez peut-être visiter le mausolée Sidi Ali Chiha, une zaouia tunisienne située sur la rue du Salut, actuellement Centre national de la calligraphie.

Élevée au milieu du XIXème siècle, la zaouïa est consacrée à la confrérie spirituelle des Aïssaouis et a constitué jadis son plus grand lieu de rassemblement en Tunisie. L’entrée est monumentale et mène au patio entouré de quatre portiques. La vaste salle, qui abrite la sépulture de Sidi Ali Chiha se distingue par la richesse de sa décoration : céramiques tapissant les murs et surtout coupoles ornées de stuc.

Tombeaux de Sidi Ali Chiha et de ses descendants.

Tombeaux de Sidi Ali Chiha et de ses descendants.

Colonne de marbre, chapiteau turc et coupoles sculptées de stuc dans la zaouia.

Colonne de marbre, chapiteau turc et coupoles sculptées de stuc dans la zaouia.

Coupole dans la zaouia.

Coupole dans la zaouia.


 

Le palais de Mustafa Khaznadar

De l’autre côté de la place, un autre palais impose par sa façade Renaissance : celui de Mustafa Khaznadar. D’origine grecque, Khaznadar est lui aussi un ancien esclave vendu à Istanbul puis à Tunis dans les années 1830, converti à l’islam puis élevé à la cours beylicale. Il devient trésorier de Ahmed Bey, qui lui donne en mariage sa soeur la princesse Kalthoum. Il est ensuite promu grand vizir de Mohamed Bey et de son frère Sadok Bey à partir de 1855 et se maintient au pouvoir pendant 36 ans. Il s’entoure de conseillers dévoués comme le caïd Nessim Samama (dont on reparlera plus loin). Je vous conseille la lecture du roman Historique « Les Belles de Tunis » où Nine Moati décrit la vie d’une famille tunisienne de religion juive liée au Caïd Nessim. Célèbre pour ses malversations et le détournement du trésor de l’Etat à son propre profit, le Khaznadar entraîne le pays vers l’endettement. Il est arrêté et gardé à vue dans son propre palais où il offre sa démission et est remplacé par le général Kheireddine. La population manifeste sa joie et des cérémonies d’actions de grâce ont lieu dans toutes les mosquées. Isolé et haï de tous, Khaznadar meurt en 1878 mais se voit tout de même inhumé au Tourbet el Bey au cœur de la médina de Tunis. Il est resté dans l’imaginaire collectif des Tunisiens comme celui qui a pillé les revenus du pays pendant trente ans, en symbolisant la décadence de la monarchie beylicale.

Le palais du Khaznadar est désormais investi par le Théâtre National et jusqu’à il y a 3 ou 4 ans, il était le siège de l’Ecole Nationale de Cirque de Tunis dirigé par le célèbre acteur, comédien, metteur en scène Mohamed Driss. Avec un peu de chance, vous pourrez peut être y accéder s’il est ouvert.

Entrée du palais Khaznadar

Entrée du palais Khaznadar


 

Le café et la place d’Halfaouine

En face du palais, vous pouvez vous arrêter dans un café très agréable pour une petite pause thé à la menthe.

La fontaine d'Halfaouine et le café en arrière plan.[

La fontaine d’Halfaouine et le café en arrière plan.[


 
Il est temps de quitter Halfaouine en empruntant la rue Souki Bel Khir qui part à droite de l’entrée du palais Khaznadar. Empruntez cette rue jusqu’à la place de Bab el Khadra (Porte de la verdure). Dans cette rue sont installées les échoppes de nombreux artisans (menuisiers, cordoniers, pâtissiers…).
 

Le mausolée Sidi Mohamed el Halfaoui

Juste avant la place, à droite, une impasse mène au mausolée Sidi Mohamed el Halfaoui. Adepte de la confrérie mystique Chadhouliya, ce saint est connu pour ses guérisons miraculeuses. D’après une croyance profondément ancrée dans l’esprit des Tunisois, les descendants de ce saint ont le don de guérir certaines maladies. Il suffirait de se rendre 7 samedis de suite au mausolée pour se faire soigner d’une jaunisse.

Abritant sa tombe, cette zaouia se trouve aujourd’hui au fond d’une large impasse. Une grande avant-cour à colonnades contient le puits bénéfique. En face, le mausolée : c’est une salle en T plafonnée de solives, en bois peint. Au centre une coupole est recouverte de plâtre sculpté. Les murs sont lambrissés de faïence. L’alcôve latéral gauche est occupé par le catafalque de Sidi El Halfaoui. C’est un mausolée que les princes husseïnites avaient pris l’habitude de visiter.

Galerie de la zaouia el Halfaoui.

Galerie de la zaouia el Halfaoui.

Puit à l'eau miraculeuse du mausolée Sidi el Halfaoui.

Puit à l’eau miraculeuse du mausolée Sidi el Halfaoui.


 

Bab el Khadra

En sortant de l’impasse, prenez à droite dans la rue de la verdure et gagnez Bab el Khadra.

Cette porte fait partie des portes situées sur la deuxième enceinte des faubourgs nord de Tunis. Édifiée vers 1320 sous la forme d’une simple arche, elle est détruite et remplacée en 1881 par l’ensemble monumental actuel qui donne un cachet pittoresque au quartier. Plus qu’à l’un des surnoms de la ville de Tunis, elle doit son nom de « Porte Verte » ou « Porte de la Verdure » aux cultures maraîchères et aux vergers qui s’étendaient à ses pieds en direction de l’Ariana et de Carthage.

Les arches de Bab el Khadra.

Les arches de Bab el Khadra.

Arche et minaret.

Arche et minaret.


 

Souk Sidi el Bahri

Passez sous l’arche de la porte, avancez jusqu’à la place Ali Balhouene, désormais station de bus. Remarquez sur la droite le clocher d’une église datant de l’époque coloniale, reconvertie en commissariat de police (j’espère que vous ne serez pas amenés à visiter ce commissariat ! 🙂 ). Contournez la place par la gauche. Sur votre gauche, dans la rue du Liban, un souk bien pittoresque, le souk el Bahri. Vous pouvez avancer dans la rue et admirer les immeubles de style Art Nouveau, datant de l’époque coloniale.

Façade Art Déco dans la rue Sidi el Bahri.

Façade Art Déco dans la rue Sidi el Bahri.

Rejoignez la place et continuez à la contourner par la gauche. Prenez à gauche, traversez la rue Ali Belhouane et poursuivre dans la rue Ahmed Bayram. Le long de cette rue commencent les stands de fripes de la Hafsia avec deux stands remarquables de vestes en fourrure notamment!

Vous arrivez alors au carrefour avec la rue Mongi Slim. C’est l’entrée du quartier de la Hafsia.
 

La Hafsia

Prenez la rue Mongi Slim. Tout de suite à gauche, se trouve l’église anglicane Saint George de Tunis. Elle est construite en 1901 dans le quartier populaire de la Hara. Sir Thomas Reade, consul-général britanique à Tunis au début du XIXème siècle, est enterré dans le cimetière attenant. L’église est ouverte tous les dimanches de 8h à midi.

L'église anglicane Saint George de Tunis

L’église anglicane Saint George de Tunis

Il faut ensuite traverser la rue et entrer dans le souk des fripes de la Hafsia, auparavant appelé la Hara. Là se trouvait la porte aujourd’hui disparue : Bab Carthagène. Ce quartier, quartier des juifs de Tunis, accueillis dès le Xème siècle par Sidi Mahrez, était parsemé de synagogues. A partir de 1860, il fut délaissé par les familles riches qui s’installèrent dans les zone européennes. La Hara devient alors un des quartiers les plus pauvres de la médina, on l’appelait d’ailleurs le ghetto de Tunis.

Ce nom de rue témoigne encore des anciens habitants du quartier de la Hara.

Ce nom de rue témoigne encore des anciens habitants du quartier de la Hara.

Une bonne description du quartier au début du XXème siècle est faite dans les romans « Les Belles de Tunis » de Nine Moati et « La statue de sel » de Albert Memmi.

En 1928, les autorités françaises déclarent le quartier insalubre et la plupart des bâtiments sont démolis entre 1933 et 1939. Le plan de reconstruction en damier est interrompu par la Seconde Guerre mondiale et les bombardements entraînent de nouvelles destructions. La Hara était donc un quartier en ruine depuis les années 1930. La reconstruction, entamée depuis les années 1960, a continué jusque dans les années 1990 sur un modèle de maisons traditionnelles à patio.
 

Le Palais Nessim

Non loin de là, à droite de la place, dans la rue el Mechnaqa, se trouve le Palais Nessim dont la construction est décrite dans le roman de Nine Moati « Les Belles de Tunis« . Ce palais fut construit par le caïd Nessim Scemama, fils de rabbin, né en 1805 dans une famille modeste. Il sera plus tard considéré comme « le chef de la famille israélite la plus riche et la plus considérée de toute la Régence de Tunis ».

Il travaille d’abord dans le commerce du textile, ce qui lui permet de côtoyer la haute administration du régime husseinite. Dès 1843 au moins, il est « receveur des camps », chargé de récolter l’impôt lors des campagnes bisannuelles qu’effectue le bey du camp, l’héritier du trône. En 1852, il passe au service du grand vizir Mustapha Khaznadar, devenant receveur général des finances ou trésorier général. Désigné caïd des Juifs en octobre 1859, il contribue à des travaux dans les lieux de culte, parmi lesquels la construction de la Grande synagogue de Tunis. Il part pour Paris le 8 juin 1864, avec pour mission officielle de négocier un nouvel emprunt, mais fuit en emportant une partie des dossiers financiers, des documents compromettants et vingt millions de rials! À sa mort, le montant total de ses détournements est estimé à plus de seize millions de francs et sa succession à 27 millions. Toute une série de procès a lieu entre le bey et ses héritiers afin de récupérer ces sommes colossales.

Le palais d’inspiration italienne longe la rue el Mechnaqa sur une centaine de mètres. Imaginez les délégations diplomatiques étrangères se rendant aux réceptions que le Caïd organisait dans ce palais! De là, le célèbre Trésorier de la Régence, parvenu au fait de l’opulence et des honneurs, pouvait regarder à ses pieds les bas-quartiers de la Hara envahis par une misère à laquelle il avait réussi à échapper.

Le palais devint un bien domanial et est affecté à l’enseignement après l’Indépendance, puis vendu. Il est désormais réhabilité en hôtel, l’hôtel Hammami.

Porte d'entrée du palais Nessim

Porte d’entrée du palais Nessim

Façade du palais Nessim

Façade du palais Nessim

Il est possible de grimper sur les terrasses de l’hôtel, où s’ouvre une vue très large sur la médina :

Vue sur la médina depuis la terrasse du palais

Vue sur la médina depuis la terrasse du palais


 

Souk des Granas

A l’entrée des fripes de la Hafsia, prenez sur la droite une petite ruelle piétonne bordée de stands. La remonter jusqu’à une petite place qui longe la rue Sidi Bou Hadid avec en son centre des halles remplies de stands de fripes.

Les fripes de la rue Sidi Bou Hadid.

Les fripes de la rue Sidi Bou Hadid.

Remontez cette place et tournez à gauche dans les souks couverts des Granas (attention l’entrée n’est pas très visible).

Souk des Grana, ici déserté car la photo a été prise en fin d'après midi.

Souk des Grana, ici déserté car la photo a été prise en fin d’après midi.

Dans ce souk, vous trouverez textiles, tissus, chaussures, sacs… en grande partie de provenance chinoise. Ce souk, très coloré, est très fréquenté durant la journée.

Les Granas étaient des juifs portugais établis dans la ville toscane de Livourne. En 1685, une première communauté de Granas s’organise à Tunis, où ils se distinguent fortement des Juifs indigènes en raison de leur européanisation : ils parlent l’italien, ne se marient qu’entre eux, s’habillent à l’européenne, portent des perruques et se poudrent, possèdent leurs propres rites, synagogues, officiants, rabbins et cimetières et se considèrent comme le fleuron de la bourgeoisie venue d’Europe. Ils n’ont pas ou peu de relations avec les juifs autochtones qui eux parlent le judéo-arabe et s’habillent à l’orientale. L’arrivée de cette nouvelle communauté provoque la création d’un schisme qui divise les juifs de Tunisie pendant presque 2 siècles. Un accord, ratifié en 1741, concrétise la séparation des 2 communautés.

Les ruelles couvertes du souk des Granas.

Les ruelles couvertes du souk des Granas.

Remontez le souk couvert jusqu’à traverser la rue de la Kasbah. Vous vous trouvez alors dans la rue Sidi Saber. Vous passez alors devant l’ancienne école des soeurs de Saint Joseph de l’Apparition, une des premières écoles de filles fondées à Tunis. Celle-ci, gratuite, fut créée en 1843. Ce lieu appartient encore à une communauté de soeurs.

Vous débouchez alors sur la rue ez Zitouna, une des principales rues de la médina, très fréquentée par les Tunisiens et les touristes (bordée d’innombrables magasins pour touristes justement! ) Traversez la rue et emprunter la rue Sidi Ali Azouz sur environ 200m.
 

Le mausolée Sidi Ali Azouz

Sur la gauche au n°7 de la rue Sidi Ali Azouz se trouve le mausolée de ce saint homme. Habité par une famille, il ne se visite malheureusement pas. Il s’agit du même saint dont vous avez peut-être visité le mausolée dans le village de Zaghouan (à faire si ça n’est pas le cas, c’est une merveille d’architecture).

Entrée du mausolée de Sidi Ali Azouz.

Entrée du mausolée de Sidi Ali Azouz.

Le mausolée de Tunis, édifié par le saint et érudit Sidi Ali Azouz, né à Fès, est considéré comme le centre où naquit la taqira (confrérie mystique) « al Azouzia« . Dans ce mausolée se trouve la sépulture de certains adeptes de cette tariqa, notamment celle d’un Sultan marocain déchu, qui trouva refuge en Tunisie en 1834. Quant à Sidi Ali Azouz, il fut enterré dans son mausolée de Zaghouan en 1720. La Zaouia fut un lieu de culture qui joua un rôle important dans la propagation du patrimoine andalou et notamment du Malouf (poésie musicale chantée et rythmée).

Un peu plus loin, à 10m sur la gauche, une impasse mène à dar Baïram et-Turki.
 

Dar Baïram et-Turki

D’origine turque, les Baïram comptaient dans la régence de Tunis des personnages religieux importants. Abdou Baïram et-Turki occupait cette maison en 1616 et exerçait les fonctions de kateb el-laoul (rédacteur des décrets) auprès de Youssef Dey.

Un des portiques du patio de Dae Baïrem et-Turki.

Un des portiques du patio de Dae Baïrem et-Turki.

Vous pouvez pénétrer dans le patio de la maison, aujourd’hui occupé par des ateliers ou des dépôts. Il s’agit d’une des plus anciennes maisons de la médina encore debout. La cour est pavée de grès (kadhel) entourée de murs creusés de hautes niches garnies de banquettes (doukkana). Deux portiques à quatre colonnes à chapiteaux turcs se font face. Ici, ni faïence ni stuc, le style est sobre et sévère, très peu de fenêtres ouvrent sur le patio.

Vue vers l'entrée du Dar

Vue vers l’entrée du Dar


 

Restaurant culturel El Ali

Rebroussez chemin et regagnez la rue ez Zitouna. Remontez cette rue sur une vingtaine de mètres et tout de suite à droite sous le passage voûté (sabbat), vous trouverez le restaurant et café culturel El Ali, situé dans cette ancienne maison tunisoise datant du XVIème siècle.

Entrée de el Ali.

Entrée de el Ali.

Le Ali désignait les appartements de l’étage des maisons tunisoises, souvent réservés aux hôtes dans un premiers temps. Ce restaurant sert dans un cadre agréable de la cuisine traditionnelle tunisoise. Des recettes authentiques et raffinées raviront le palet des fins gastronomes. Vous pouvez aussi profiter de l’espace bibliothèque et de la terrasse donnant sur les souks de la rue ez-Zitouna, la Mosquée Zitouna, le mausolée de Sidi Bel Hsan Chedly et la Cathédrale de Tunis. L’été, en soirée des concerts de musique traditionnelle tunisienne (malouf, stambeli…) y sont organisés. Voici leur page facebook : Resto Culturel El Ali.

Vue sur les souks depuis la terrasse de El Ali.

Vue sur les souks depuis la terrasse de El Ali.

Reprenez la rue ez Zitouna. Sur la gauche, juste avant le deuxième passage voûté avant la mosquée, au tout début de la rue souk el Blat, vous trouverez 5 ou 6 pâtisseries spécialisées dans la fabrication des makroudh (gâteaux de semoule farcis de pâte de dattes, figues ou amandes, trempés dans du miel puis frits). Une halte s’impose !! (4 dinars le kilo environ)

Makroudh

Makroudh

 

Reprenez la rue ez Zitouna sous le sabbat et gagnez la façade de la mosquée ez Zitouna (déjà décrite dans l’article Médina, côté Ouest et Nord). Tournez à droite, puis remontez à gauche dans le souk el Atarine puis le souk et-Trouk. Remontez la rue jusqu’en haut en passant devant les magasins d’antiquités Ed Dar puis Ghorbal et le café Mrabet, malheureusement fermé depuis 3 ans (un des plus anciens cafés des souks, il abritait un mausolée).

Traversée du Souk et-Trouk

Traversée du Souk et-Trouk

En haut de la rue, tournez à droite puis prenez la première à gauche. Vous avez alors une vue sur la façade de la mosquée et du mausolée Youssef Dey.
 

Mausolée et mosquée Youssef Dey

Youssef Dey, né vers 1560 et décédé en 1637, est dey de Tunis de 1610 jusqu’à sa mort. Fils de Mustapha El Turki, soldat turc ottoman en poste à Tripoli, il s’engage dans la milice de Tunis. Il est distingué par Othman Dey qui lui octroie de nombreux postes et va jusqu’à le préférer à ses propres fils. Avant de mourir, Othman parvient à convaincre le diwan de Tunis de le nommer comme son successeur ; il lui donne également sa fille à épouser.

À la mort de Ramadhan Bey, nommé par Othman Dey pour diriger la colonne armée qui contrôle l’intérieur du pays, Youssef choisit le lieutenant et mamelouk de Ramadhan Bey, un corse islamisé du nom de Mourad, qui sera le fondateur de la dynastie beylicale des Mouradites.

Mausolée et minaret de la mosquée Youssef Dey.

Mausolée et minaret de la mosquée Youssef Dey.

Souverain bâtisseur, Youssef Dey fait construire en 1616 la première mosquée de style ottoman et de rite hanéfite en Tunisie, qui prend son nom. Le minbar de la mosquée a la particularité d’être en maçonnerie et non en bois et d’avoir un minaret octogonal avec un balcon protégé par un auvent en bois. Il fait aussi édifier autour de celle-ci un réseau de souks dont le souk Et Trouk que l’on vient de traverser (réservé aux revendeurs des articles de l’activité corsaire et qui devient par la suite le souk des tailleurs à la turque), le souk El Birka, souk des esclaves, que l’on traversera dans la prochaine randonnée (Randonée dans la médina (côté sud-ouest et sud), à venir). Ces esclaves provenaient des opérations de corsaires en mer Méditerranée ou de la traite négrière.

Sous sa magistrature, selon les chroniqueurs de l’époque, la milice turque de Tunis était la plus puissante armée de la région : elle comptait 9 000 hommes de troupes d’élites, les janissaires, plusieurs régiments de cavalerie dont les membres provenaient des tribus de l’intérieur du pays et plus de 200 galères commandées par des marins et des corsaires redoutables.

Youssef Dey, devenu vieux, s’éclipse petit à petit devant la forte personnalité de Hammouda Pacha Bey, successeur de son père Mourad Bey, qui prend de plus en plus le contrôle du diwan de la milice.

Malgré cela, Youssef Dey parvient par des efforts diplomatiques à sceller le rattachement de l’île de Djerba à la Régence de Tunis. Pour commémorer cet événement, il fait construire un souk entier pour les marchands djerbiens à Tunis.

À sa mort, il est enterré dans la tourba qu’il s’est fait construire près de la mosquée Youssef Dey. Le mausolée inaugure à Tunis la mosquée funéraire où le tombeau du fondateur s’associe au lieu du culte. Il abrite non seulement la tombe de Youssef Dey mais aussi celles des membres de sa famille. De plan carré, il présente sur chaque face une grande arcature centrale flanquée de deux étages de défoncements en niches à fond plat. Les colonnes d’angles posées aux deux niveaux, allègent considérablement sa silhouette.

Après la mort de Youssef Dey, le diwan élit comme successeur, en 1637, un célèbre renégat italien devenu le fameux corsaire de la régence, Usta Mourad.
 
 

Fin de la rando

Regagnez le parking de la Kasbah. C’est là le terminus de notre 2ème parcours dans la médina.

Laissez reposer vos pieds une journée ou deux et n’hésitez pas à entreprendre les autres parcours que nous proposons sur le site : Partie Ouest et Partie Sud.

Pour vos prochaines visites, laissez-vous guider au hasard de vos pas, posez des questions aux habitants, demandez la permission d’entrer dans les maisons qui vous semblent intéressantes. Perdez-vous dans les ruelles. Appropriez-vous l’espace. La médina de Tunis recèle de nombreux trésors cachés non décrits dans ces articles car privés. A vous de les découvrir par vous-même!

La médina de Tunis est un espace urbain exceptionnel mais en très grand péril malgré son classement à l’Unesco. Un grand nombre de maisons et d’édifices ont déjà disparu et cette tendance s’accélère. La rénovation des monuments privés et publics a un coût très élevé. Votre intérêt pour la médina, vos fréquentes visites motiveront les entreprises privées et publiques à envisager des projets de rénovation et de réhabilitation. De nombreuses chambres d’hôtes existent ou sont en cours de projet. Pourquoi ne pas se laisser tenter par un weekend dans une maison bourgeoise du XVIIème, par un repas de cuisine traditionnelle tunisienne dans une de ces maisons réhabilitées en restaurant ou tout simplement venir régulièrement siroter un thé à la menthe dans le même café par exemple?
La meilleure façon de connaître la médina de Tunis est de la vivre et de la faire vivre.
 

Sources

  • Wikipédia
  • Palais et Demeures de Tunis (XVIème et XVIIème) et Palais et Demeures de Tunis (XVIIIème et XIXème), de Jacques Revault, Edition du CNRS
  • Maisons de la Médina – TUNIS, de Jamila Binous et Salah Jabeur, Dar Ashraf Editions
  • Sous le toit de l’Empire. La Régence de Tunis 1535-1666, de Leila Temime Blili, Edition Script
  • Tunis Ville Ottomane. Trois Siècles d’Urbanisme et d’Architecture, de Ahmed Saadaoui, Edition Centre de Publication Universitaire

 

Liens

Trois sites parmi tous ceux existants au sujet de la médina de Tunis :

  • Le site de l’Association de Sauvegarde de la Médina de Tunis : Site
  • L’exceptionnel site de la visite des monuments de la médina de Tunis en 3D : Site
  • L’Association Actions Citoyennes en Médina (L’mdina Wel Rabtine) : Site et Page Facebook

 
Bonne découverte !
 
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Pour aller plus loin
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  • A propos Philippe
    Après un passage de 1996 à 1998 me voilà de retour en Tunisie depuis 2009. Professeur au Lycée français de Mutuelleville, je sors régulièrement les week-end à la découverte du patrimoine historique et traditionnel tunisien. Je réalise également de nombreuses randonnées dans le nord tunisien.

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