Randonnée dans la médina de Tunis (côté Ouest et Nord)


Bonjour à tous !

Aujourd’hui, une randonnée un peu particulière vous est proposée : il s’agit d’une balade dans la médina de Tunis et de la découverte de ses trésors souvent cachés et peu connus.

Nous avons fait le choix de décrire la visite de la médina de Tunis à partir de plusieurs randonnées. Celle présentée dans cet article nous fera découvrir la partie Ouest et Nord de la médina, depuis la Kasbah, en parcourant les alentours des rues Sidi Ben Arous et du Pacha jusqu’à Bab Souika.

Ces randonnées, sportives – en effet une marche de 4h dans la médina n’est pas de tout repos – seront avant tout culturelles. Elles vous feront découvrir l’histoire de cette ville du Maghreb à travers ses monuments.

Départ de la visite

Le départ se fait depuis la place de la Kasbah ou place du gouvernement, en haut de la médina. Vous pouvez garer votre voiture dans le parking souterrain sous l’esplanade située au-dessus de la Kasbah.

Coordonnées géographiques :
36°47’51.84 N
10°10’06.27 E

Difficulté : Peu difficile

  • Durée : 4 heures environ, variable suivant le temps passé dans les monuments ou dans les cafés, vous pourrez aussi vous arrêter dans une des innombrables gargotes pour déjeuner. Non-stop, il y a moins d’une heure de marche.
  • Ruelles pavées
  • Technicité : les pavés n’étant pas forcément nivelés, préférez une bonne paire de tennis aux talons aiguilles.
  • Attention, comme dans tout centre ville, les vols à la tire sont possibles. Evitez les sacs à main, colliers en or…
  • N’hésitez pas à frapper aux portes des sites indiqués. Souvent à vocation administrative ou culturelle, ils peuvent être fermés les samedis après-midi, dimanches ou lundis. Vous pouvez tout de même tenter votre chance et espérer, moyennant un beau sourire, l’aval des gardiens pour y entrer.
  • N’oubliez pas de consulter l’article consacré à l’histoire de la médina avant de faire cette randonnée.

 

Itinéraire de la rando

🙂 Astuce 🙂

  • Pour imprimer le plan, ouvrir le fichier suivant avec le logiciel GoogleEarth.
  • En cliquant sur les icônes jaunes, vous faites apparaître le nom des monuments décrits dans cet article.

 

Description de la rando

 

Place de la Kasbah

Le départ de la rando se fait au niveau de la place de la Kasbah. C’est un lieu incontournable, qui regroupe plusieurs ministères dont le 1er ministère à droite en descendant. Il s’agit du Dar el Bey, ancien palais du gouvernement des Beys fondé au XVIIème siècle. On ne peut malheureusement pas le visiter.

En allant vers le bas de la place, levez la tête. Vous pourrez apercevoir au-dessus du Ministère des Finances, à gauche, une horloge solaire assez particulière. Admirez également la très belle galerie longeant ce Ministère.

Place de la Kasbah : le Ministère des Finances avec son cadran solaire.

Place de la Kasbah : le Ministère des Finances avec son cadran solaire.

Dar el Jeld

Prenez ensuite la rue Dar el Jeld à gauche en bas de la place. Cette rue possède une des meilleures adresses de Tunis si vous souhaitez découvrir la cuisine traditionnelle tunisienne dans le cadre d’une maison bourgeoise d’époque : le restaurant Dar el Jeld, ancienne maison Dar Khalsi. Nous vous conseillons d’y revenir en soirée par exemple. Il est préférable de réserver votre table. Dar Khalsi remonte au XVIIème siècle à l’époque mouradite.

En face, une annexe du restaurant vous permet de découvrir une autre maison bourgeoise datant du début du XXème siècle : le Diwan. Ces visites vous permettent de comprendre la conception et l’agencement des habitations traditionnelles tunisoises. N’hésitez pas à frapper aux portes!

Rue Dar el Jeld : l'entrée du restaurant Dar el Jeld. Remarquez le chapiteau hispano-maghrébin faisant le coin avec le passage de la Driba

Rue Dar el Jeld : l’entrée du restaurant Dar el Jeld.
Remarquez le chapiteau hispano-maghrébin faisant le coin avec le passage de la Driba

Dar Bouderbala

Un peu plus loin dans la rue Dar el Jeld, sur la droite, il existe une galerie d’art, la galerie Médina, située dans le ali (étage des invités) du Dar Bouderbala. Vous pouvez y admirer des œuvres d’art d’artistes tunisiens dans un cadre magnifique, articulé autour d’un patio central couvert.

La patio du dar Bouderbala

La patio du dar Bouderbala

Dar Daouletli

Il faut ensuite rebrousser chemin jusqu’au Dar el Jeld et tourner à gauche dans le passage appelé la Driba, passage privé à l’époque. En haut de ce passage, à droite, vous pénétrez en suivant un long couloir dans le patio de Dar Daouletli (maison du XVIème siècle). Cette maison est actuellement le siège de la Rachidia, une association culturelle et artistique spécialisée dans la musique tunisienne (Site Internet).

Cette maison aurait été affectée au milieu du XVIIème siècle au daouletli, chargé de veiller à la sécurité de la Médina. On y trouve de manière habituelle, une entrée en couloir et en chicane (driba et skifa). Attention, l’entrée historique n’est pas l’entrée actuelle mais celle désormais condamnée située plus bas. La cour (patio à portiques) est entourée de galeries, d’appartements, de communs et de magasins. Cette maison, compte tenu du rôle de son locataire, abritait 3 prisons : celle des hommes, celle des femmes et celle des esclaves.

Patio de Dar Daouletli.

Patio de Dar Daouletli.

Colonnes et portiques à Dar Daouletli.

Colonnes et portiques à Dar Daouletli.

Dar Hamouda Pacha

En ressortant, tournez à droite vers le passage qui mène à la rue Sidi Ben Arous. Prenez à gauche dans cette rue.

La 1ère maison sur la gauche (au n°56), Dar Hamouda Pacha, ou Dar Chahed, est la seconde bonne adresse concernant la cuisine traditionnelle tunisienne. La cuisine y est moins raffinée qu’au Dar el Jeld à mon goût, mais le cadre est plus authentique. Demeure princière construite au XVIIème siècle par Hamouda Pacha, 2ème bey de la dynastie mouradite, souverain bâtisseur également à l’origine de la mosquée toute proche portant son nom et que nous apercevrons en fin de parcours. La cour principale de ce palais est sans conteste l’une des plus belles de la Médina. Une visite s’impose!

Le patio de Dar Hamouda Pacha, l'un des palais les mieux restaurés de la médina

Le patio de Dar Hamouda Pacha, l’un des palais les mieux restaurés de la médina

Dar el Médina

Un peu plus loin dans la rue Sidi Ben Arous (au n°64) se trouve l’hôtel Dar el Medina, installé dans l’ancienne maison Dar Bellahouane.

Autour du patio et de la galerie supérieure étaient disposées les chambres ou plutôt les appartements du maître, des enfants et de leur famille. Bien que d’un seul tenant, ces chambres répondent à diverses fonctions. Elles sont plus ou moins grandes et luxueuses mais ont toutes le même agencement. Face à l’entrée, un défoncement (qbou) est meublé de trois banquettes en U ; il est réservé à la réception. A droite et à gauche de l’entrée se prolongent les côtés de la pièce dont chaque extrémité (tarkina) est meublée par un grand lit (hanout ajem) qui occupe toute la largeur de la pièce. Il est surmonté par un ciel de lit et est fermé, en partie, par un devant de lit en boiserie finement ouvragée peinte ou ouvragée et dorée (tej). Il apparaît ainsi comme un écrin douillet et richement tapissé. La garniture est constituée d’un matelas bourré de laine, de trois traversins et de plusieurs coussins. Les murs, sur les trois côtés, sont tapissés d’une riche tenture de soie (hayti), garnie d’applications en couleur qui protègent du contact froid des faïences murales. Les deux chambrettes (maksoura) flanquant l’alcôve du salon sont réservées aux enfants ou simplement comme espace de rangement. Vous retrouvez cette disposition dans toutes les maisons tunisoises. Cette chambre polyvalente, utilisée à la fois comme salon, chambre des parents et chambre des enfants, portait le nom de la mère de famille qui l’occupait et qui en était, symboliquement et de fait, la maîtresse. Ainsi, autour de la cour, sont désignées les chambres. Le Dar el Médina perpétue cette tradition qui honore la femme en donnant à ses chambres des prénoms féminins.

Un des appartements autour du patio de Dar el Medina.

Un des appartements autour du patio de Dar el Medina.

Dar Romdhane Bey

Continuez à descendre la rue Ben Arous jusqu’à la place Romdhane Bey. A gauche de la place, de part et d’autre d’un passage voûté (sabbat), se trouvent Dar Romdhane Bey ou Dar Jouini et ses annexes, non visibles malheureusement car privées. Dar Romdhane vit naître le célèbre chanteur et musicien Ali Riahi en 1912.

Façades et Driba du dar Romdhane Bey.

Façades et Driba du dar Romdhane Bey.

Dar Announ/ Dar Ben Gacem

En continuant à descendre, la rue Ben Arous change de nom et devient rue du Pacha.

Au n°38, sur la gauche, se trouve l’ancienne maison Dar Announ, parfumeur de profession. Cette maison du XVIIIème siècle est désormais réhabilitée en chambre d’hôte sous le nom de Dar Ben Gacem. Vous pouvez retrouver le même agencement des chambres autour du patio à deux portiques soutenus par des colonnes de grès (kadhel) et des chapiteaux hafsides. Dans une de ces chambres, vous pouvez admirer un magnifique plafond de style « andalous » à motifs géométriques. A vous de le trouver!

Il faut savoir que l’histoire de l’émigration des Andalous en Tunisie commence bien avant la chute de Grenade en 1492 mais elle s’est intensifiée depuis cette date. Elle s’est prolongée sur deux siècles avant l’expulsion totale de tous les Morisques andalous de la péninsule ibérique en 1610. On peut dire qu’ils ont quelque peu contribué à l’évolution de la société tunisienne. Les premiers venus ont été privilégiés par le pouvoir hafside, vu leur haut niveau culturel et social. Ils étaient « des distingués poètes, des brillants secrétaires, des savants renommés, des princes et des valeureux guerriers » qui ont occupé d’importantes charges politiques et administratives au sein du royaume tunisien. Contrairement à cette vague « d’élites », les vagues d’immigration suivantes étaient essentiellement constituées d’agriculteurs et d’artisans. Cette installation a été encouragée par les autorités turques, à travers d’attractives concessions de terres et de dons, outre les exonérations fiscales. Leur influence se ressent aussi dans les domaines de l’agriculture, de la cuisine, de la musique (grâce au Malouf, musique typique aux origines hispano-andalouses) et de l’architecture.

Depuis la terrasse, vous apercevrez le patio de la médersa de Bir Lahjar ainsi que les coupoles de la mosquée Sidi Merhez.

Patio de Dar Announ (appelé aussi Dar ben Gacem).

Patio de Dar Announ (appelé aussi Dar ben Gacem).

Une des chambres de Dar Announ

Une des chambres de Dar Announ

Centre culturel Bir Lahjar

Juste en dessous de Dar Announ, sur votre gauche, vous arrivez à l’entrée du centre culturel Bir Lahjar (40 rue du Pacha).

Il s’agit d’une ancienne medersa (école coranique) édifiée par le souverain Ali 1er Pacha au milieu du XVIIIème siècle. Comme dans les autres medersas, l’espace comprend une cour bordée de portiques aux arcs peints en noir et blanc, sous lesquels s’ouvrent des pièces pour loger les étudiants (patio visible depuis la terrasse de Dar Announ visitée juste avant). L’enseignement de la Grande Mosquée Zitouna, très renommé, attirait des étudiants venant de tout le monde musulman. Aussi les dimensions de cette medersa répondent-elles à ces besoins avec une cour spacieuse et des chambres-cellules monacales plus nombreuses que d’habitude. Vous pouvez voir au fond la salle de prière.

Driba de l’entrée de Bir Lahjar et dokenia (bancs)

Driba de l’entrée de Bir Lahjar et dokenia (bancs)

 

La cour intérieure de Bir Lahjar

La cour intérieure de Bir Lahjar

 

L'ancienne salle de prière de la médersa.

L’ancienne salle de prière de la médersa.

Dar Ben Achour

En sortant de la médersa, poursuivez à gauche la rue du Pacha. 500m plus bas, à gauche, vous vous trouvez devant une autre très belle maison tunisoise : Dar Ben Achour (52, rue du Pacha), actuellement investie par une bibliothèque de quartier.

Entrée de dar Ben Achour.

Entrée de dar Ben Achour.

Westdar (patio central)

Westdar (patio central)

Galerie de l’étage.

Galerie de l’étage.

Cour de la dwiriya (communs).

Cour de la dwiriya (communs).

Dans cette maison, on retrouve le plan classique de construction et d’agencement des pièces : pièces d’entrées en chicane, patio central avec puit (bir) et citerne (majen), galerie, chambres et appartements disposés aux quatre côtés du patio. A l’étage, une belle galerie domine le patio. En général, une ou deux chambres par niveau ont la forme d’un T renversé (appartement du maître de maison). Les lits (hanout ajem : ateliers du coiffeur!!!) souvent à baldaquins (tej) sont disposés de part et d’autre de l’entrée. En face se trouve le salon (kbou).

Ici, vous pouvez voir dans une de ces pièces et sous les portiques du patio, de magnifiques plafonds peints à la mode « andalouse ». De part et d’autre du T, se trouvent deux pièces (maksoura) pouvant servir de magasins, réserves ou rangements. A l’arrière de la maison se trouvent les communs (dwiriya) disposés également autour d’un patio. Dans cette bibliothèque spécialisée dans les ouvrages portant sur la ville de Tunis, vous croiserez peut être Si Mahmoud Zbiss, historien, qui vous racontera quelques anecdotes et vous parlera de son frère Slimane Mustafa qui fût l’un des premiers archéologues tunisiens.

Dar Riahi

Un peu plus bas en descendant la rue du Pacha, à droite, se trouve dans la maison Dar Riahi, un centre du Croissant Rouge tunisien (l’équivalent de la Croix Rouge). Ce centre offre des repas aux personnes dans le besoin. Il peut servir jusqu’à 350 repas de rupture du jeûne en période de Ramadan. Vous pouvez demander Karim qui vous en fera la visite.

Entrée du centre du Croissant Rouge.

Entrée du centre du Croissant Rouge.

Salle à manger.

Salle à manger.

Les zelliges dans le patio.

Les zelliges dans le patio.

La visite se poursuit en descendant la rue du Pacha jusqu’au boulevard Bab Bnet (la porte des filles). Vous passerez alors devant le 1er lycée de jeunes filles de Tunis (désormais lycée mixte : le lycée du Pacha). Nous reparlons de ce lycée dans l’article « Randonnée dans la médina de Tunis (côté sud) » lors de la visite du mausolée de Ali Pacha où l’Association des anciennes élèves de la rue du Pacha a son siège.

Prenez à droite sur le Boulevard Bab Bnet et filez jusqu’à la place de Bab Souika, quartier que nous décrivons dans l’article « Randonnée dans la médina de Tunis (côté Nord et faubourgs)« .

Souk Sidi Mehrez

Avant la fontaine de Bab Souika, prenez à droite sous le passage voûte, il s’agit de l’entrée du souk Sidi Merhez. C’est la rue Sidi Merhez. Ce souk très bigarré et fréquenté est spécialisé notamment dans la vente de tissu. Après 500m de marche dans cette ruelle, un passage voûté s’ouvre sur la gauche et mène au mausolée de Sidi Merhez.

Cet homme, né au Xème siècle, est devenu, de part sa magnanimité, sa modestie, ses actions et son pouvoir spirituel, son influence idéologique, politique et économique, le saint patron de la ville de Tunis. De nombreux lieux de recueillement lui sont dédiés à travers toute la ville et notamment cette zaouia construite sur le lieu de sa demeure à Bab Souika. Sidi Mehrez, surnommé « Soltane el Médina » (voir l’évocation de Sidi Mehrez dans le film « Soltane el Médina » de Moncef Dhouib 1994) est aussi connu pour ses positions en faveur de la femme. Il meurt en 1022.

Ce sanctuaire est très fréquenté de nos jours par les femmes, les enfants et les pauvres, qui viennent se recueillir sur le tombeau de Sidi Mehrez situé dans la 2ème salle. Evitez d’entrer dans cette salle (qui est avant tout une salle de prière) à moins que vous ne souhaitiez vous aussi vous y recueillir. Un puits miraculeux continue d’abreuver les visiteurs. Admirez les coupoles ouvragées dans les deux salles, magnifiques.

A l’entrée du mausolée, un homme vend des sucreries sur un plateau. Parfois, il empêche la visite du sanctuaire. Dans ce cas, n’insistez pas et revenez une autre fois. Il sera demandé aux femmes de se couvrir les cheveux. A l’intérieur du mausolée, des femmes « gardiennes des lieux » sont très sympathiques.

L'entrée du mausolée Sidi Mehrez.

L’entrée du mausolée Sidi Mehrez.

Coupole de la 1ère salle du mausolée.

Coupole de la 1ère salle du mausolée.

Mosquée Sidi Mehrez

Reprenez et continuez la rue Sidi Mehrez, vous passez alors devant l’entrée de la mosquée du même nom. Son style ottoman est visible et reconnaissable de loin (mais pas de près!) par ses coupoles blanches. Il s’agit même de l’unique mosquée tunisienne qui dérive d’un prototype turc. Elle rappelle les mosquées d’Istanbul et notamment celles du Sultan Ahmet à Istanbul. La mosquée a été édifiée à la fin du XVIIème siècle par Mohamed Bey El Mouradi. A l’intérieur, les carreaux anciens, importés d’Asie Mineure et qui ont échappé aux restaurations, offrent un grand intérêt : ce sont de belles pièces ornées de motifs floraux et dont les tons, outre le vert et le bleu, comprennent également le célèbre rouge tomate, caractéristique de la faïence d’Iznik à cette époque. Les travaux ne sont pas achevés en raison des troubles politiques de la fin du XVIIème siècle. Essayez d’imaginer la vue d’ensemble avec les quatre minarets qui devaient compléter l’édifice!

Coupoles de la mosquée Sidi Mehrez.

Coupoles de la mosquée Sidi Mehrez.

Dar el Mestiri

Depuis la rue Sidi Mehrez, peu après la mosquée, prenez à droite la rue el Mestiri. Sous le passage voûté à droite, se trouve actuellement le centre de traduction et d’interprétariat, dans le Dar Mestiri (n°9 rue el Mestiri). Demandez au gardien dans la sqifa (1ère salle) si vous pouvez visiter la demeure. Il vous autorisera sans doute à pénétrer dans le patio. Construite par le prince Hussein, fils de Mahmoud Bey au début du XIXème siècle, cette demeure fut cédée à M’hammed el Monastiri, notable de la ville, fabriquant de chéchia.

Le patio et la galerie du Dar Mestiri

Le patio et la galerie du Dar Mestiri

Medersa Achouria

En sortant du Dar el Mestiri, prenez à droite jusqu’à la rue Achour et l’entrée de la rue Sidi Brahim, soit environ 150 mètres. Tournez vers la gauche dans la rue Achour sur 100m et entrez dans la medersa Achouria (n° 62 rue Achour).

Cette médersa fut construite au XVIIIème siècle sur l’emplacement d’une des plus anciennes médersa de Tunis, la médersa lbn Tafrajine. Actuellement en manque d’entretien, une association se mobilise pour tenter de faire bouger les choses (Page Facebook).

L'entrée de la medersa Achouria.

L’entrée de la medersa Achouria.

Le patio de la medersa Achouria.

Le patio de la medersa Achouria.

Zaouia Sidi Brahim

En sortant de la medersa, prenez à gauche et rebroussez chemin jusqu’à la rue Sidi Brahim qui démarre sur la gauche. Remontez la rue Sidi Brahim et passez sous le passage voûté. Environ 100m après la voûte, sur la droite, se trouve l’entrée du mausolée de Sidi Brahim Riahi, saint homme du XVIII-XIXème siècle.

L'entrée de la zaouia.

L’entrée de la zaouia.

Sidi Brahim fréquente dès son jeune âge un kouttab (école coranique) à Testour (100 km au nord-est de Tunis) et fait preuve de talent pour les sciences religieuses et l’apprentissage du Coran. À son arrivée à Tunis, le jeune adolescent fait des études à la medersa Achouria puis à la medersa Bir Lahjar, déjà visitées lors de cette randonnée. Privé de ressources et des siens, il vit dans les dortoirs de la médersa Achouria pendant plusieurs années, jusqu’à ce que Saheb Ettabaa, avec qui il est très lié, lui fournit une demeure de fonction dans la rue qui porte aujourd’hui son nom un peu plus loin que le mausolée. Vers 1790, il débute son enseignement à l’Université Zitouna.

La zaouia a été construite sur ordre d’Ahmed 1er Bey pour abriter la confrérie soufie dont il était devenu le maître à Tunis. Sadok Bey l’a fit embellir en faisant venir des artisans du Maroc, maîtres d’oeuvre du fabuleux travail en stuc de l’intérieur de la coupole. Encore une fois, ce lieu est un lieu saint. Selon les circonstances, on vous laissera ou non y entrer. Quoiqu’il en soit, contentez-vous d’admirer l’intérieur de la coupole depuis son seuil.

Vue intérieure de la coupole.

Vue intérieure de la coupole.

Dar Jaziri

En sortant, faites demi-tour et prenez tout de suite à droite dans la rue du Tribunal. En face une porte monumentale : celle du Dar Jaziri, actuellement maison de la Poésie. Vous pouvez y pénétrer. A nouveau, les pièces d’entrée en chicanes (sqifa) avec les bancs sculptés dans la pierre (dokenia), mènent à un très beau patio agrémenté de deux galeries parallèles et d’un puits. Autour du patio, on retrouve de nouveau les appartements disposés en T.

Le puits dans un coin du patio.

Le puits dans un coin du patio.

Dar Lasram

En sortant de Dar Jaziri, poursuivez le long de la rue du Tribunal sur une centaine de mètres. Vous arrivez alors au niveau d’un perron de quelques marches qui protège l’entrée du Dar Lasram. C’est dans cette demeure que siège actuellement l’Association de Sauvegarde de la Medina (Site Internet). Il s’agit d’une des plus belles demeures de la medina que vous pouvez visiter librement.

Les Lasram, d’origine yéménite, figurent parmi les plus anciennes familles tunisoises. Au service de Hussein Ben Ali (fondateur de la dynastie husseinite) puis de ses fils Mohamed et Ali, c’est sous le règne de Hamouda Pacha (XVIIIème siècle) que les Lasram transforment leur belle habitation en palais. On retrouve alors toutes les imitations tentées d’après les réalisations bien connues du Bardo ou du dar El Bey, demeures des Beys. Dar Lasram fut vanté dans tout Tunis pour son luxe et sa beauté intérieure et extérieure.

Hall d’entrée (Driba) et vue sur la porte d’entrée de l’étage (ali) initialement réservé aux invités (dar el dyaf).

Hall d’entrée (Driba) et vue sur la porte d’entrée de l’étage (ali) initialement réservé aux invités (dar el dyaf).

Suivant les skifa, un escalier mène au westdar pavé de dalles de marbres.

Suivant les skifa, un escalier mène au westdar pavé de dalles de marbres.

De nombreux détails peuvent être observés. L’appartement du maître est en forme de croix et non de T renversé, signe de l’importance de cette famille. Par ailleurs, observez les colonnes et chapiteaux. Certaines colonnes sont par exemple en marbre noir.

Colonne et chapiteau du patio.

Colonne et chapiteau du patio.

Centre culturel Tahar Haddad

Après vous être perdu dans le dédale des pièces du Dar Lasram et avoir retrouvé la Driba d’entrée, remontez la rue du tribunal jusqu’à atteindre les écuries de Dar Lasram (mahzen), aujourd’hui Centre culturel Tahar Haddad (n°20 rue du Tribunal). Vous pouvez ici admirer les œuvres exposées ou boire un thé à la menthe sous les voûtes de briques aux couleurs très chaudes (Page Facebook).

Tentant le thé à la menthe, non?

Tentant le thé à la menthe, non?

La scène, au centre de la galerie d'art.

La scène, au centre de la galerie d’art.

Palais Kheireddine (Musée d’Art Contemporain)

En sortant du club Tahar Hadad, prenez la rue du Tribunal à droite et passez devant la très étroite rue de la Noria (où se trouve une presse à huile). Vous arrivez à la place du Tribunal où se trouve le musée d’Art Contemporain de la ville de Tunis, installé dans le palais Kheireddine.

Kheireddine Pacha est né en 1822 dans le nord-ouest du Caucase dans « une famille de notables guerriers». Devenu orphelin, il est vendu comme esclave à Istanbul puis à Ahmed Bey de Tunis. Il entame ensuite une carrière militaire et atteint en 1853 le plus haut grade après celui du Bey. Il occupe ensuite diverses responsabilités sous le règne de Sadok Bey puis, en 1873, il succède à Mustapha Khaznadar comme grand vizir. Il assume un rôle de réformateur à une époque d’expansion européenne dans le bassin méditerranéen. Kheireddine, amené à diminuer le train de vie de l’État, y compris la liste civile du Bey et de sa famille, est forcé par le Bey à démissionner en 1877. Il retourne alors à Istanbul auprès du sultan ottoman Abdulhamid II et y décède en 1890. Son effigie est reprise sur les billets actuels de 20 dinars.

Façade du palais.

Façade du palais.

Le Palais combinait une organisation traditionnelle avec des innovations européennes : façade à larges ouvertures sur rue, décor intérieur à l’italienne avec moulures dorées à la feuille. De nos jours, il n’a subsisté de cette splendeur que la partie modifiée de la façade et le décor d’un salon avec sa cheminée en fonte. En effet, avec le protectorat français et le départ du Ministre, la propriété fut morcelée à sa vente en 1881 : plusieurs propriétaires privés partageaient les annexes. Le palais lui-même, après avoir servi pour quelque temps de Tribunal, fut partagé et vendu à deux propriétaires différents en 1905. La partie du palais située le long de la rue du Tribunal appelée palais Hafsia fut démolie entre 1910 et 1920 et une école fut construite sur le terrain libéré et les terrains avoisinants. Propriété de la communauté israélite à partir de 1908, cette partie est désormais squattée depuis la Révolution de Janvier 2011. LL’autre moitié du palais donnant sur la place appelée du nom de l’ancien palais de Justice est désormais le musée d’Art Contemporain.

La driba du palais.

La driba du palais.

La galerie d'exposition du Palais Kheireddine.

La galerie d’exposition du Palais Kheireddine.

Dar Diwan

En sortant du palais, longez la façade puis tournez à gauche dans la rue de la Hafsia (ancien quartier juif de la médina). Poursuivez jusqu’à la rue Achour que vous prendrez à droite. Remontez cette rue jusqu’à la rue de l’Agha à gauche et tout de suite à droite la rue du Divan qui commence par un passage voûté (sabat). Vous passez alors devant la chambre d’hôtes « la Chambre Bleue » (24 rue du Diwan, Site Internet) puis une mosquée sur la droite. Remontez la rue jusqu’à parvenir face à une porte monumentale, l’entrée de Dar Diwan.

L'entrée de Dar Diwan.

L’entrée de Dar Diwan.

La milice turque de Tunis à l’époque de la Régence était représentée par le diwan, conseil des officiers composé de quarante membres se réunissant généralement dans la maison de l’agha (commandant en chef de la milice). Le conseil élit le Dey, commandant militaire du territoire et l’investit de sa charge mais peut le destituer voire le faire exécuter. Il joue également le rôle de tribunal militaire. C’est cette maison désormais bibliothèque de quartier que nous allons visiter.

La driba

La driba

Patio central de forme allongée. Fontaine de Kadhel (grès) en son centre.

Patio central de forme allongée. Fontaine de Kadhel (grès) en son centre.

Rue Saïda Ajoula

En quittant le Diwan, prenez à gauche jusqu’à la rue Essaida Ajoula.

Saïda Ajoula était une femme sainte tunisoise. Voici son histoire qui m’a été racontée par un ami : Adel Balghaggi, un journaliste-critique passionné par la médina et par ses saints. Saïda Ajoula était une prostituée. Un soir, une petite fille du quartier vient lui réclamer du feu (un bout de charbon incandescent appelé jamara afya). Elle surprend Saïda en train de finir de préparer un plat de poisson. Saïda voyant la fille émoustillée par l’odeur du poisson, lui offre le plat entier. La jeune fille emporte le plat pensant à ses frères et sœurs affamés. Le lendemain, les fenêtres de Saïda ne s’ouvrent pas, alors qu’une odeur d’ambre et d’encens embaume sa maison. Craignant un mauvais sort, les voisins ouvrent par effraction sa porte et la trouvent morte mais toute belle et bien habillée, embaumée prête pour partir dans l’Au-Delà…

Un marabout lui est dédié dans cette rue. Si vous êtes encore en forme, descendez la rue sur 200m, vous arrivez à droite au niveau de l’Auberge de Jeunesse de Tunis sise dans une maison très agréable agencée autour d’un patio fermé magnifique.

Le patio de l’Auberge de Jeunesse.

Le patio de l’Auberge de Jeunesse.

Medersa Chamaiya

Remontez la rue Saïda Ajoula sur environ 300 mètres, traversez la rue de la Kasbah, passez devant la gargotte Wuld el Hadj, qui propose de très bons plats tunisiens (Madfouna, mlouriya, maakat khadra, nwasser, tajine et tastira…). De suite après le restaurant à droite, se trouve une ancienne medersa : la medersa Chamaiya.

Édifiée au XIIIème siècle par le premier souverain de la dynastie hafside Abu Zakariya Yahya, elle est la première médersa élevée au Maghreb. Par la suite, la médersa connaît une importante restauration au cours du XVIIème siècle. L’accès au monument se fait par un escalier en pierre. Le vestibule d’entrée, en chicane, aboutit à la cour qui est entourée de portiques sur les quatre côtés. Chaque portique comporte trois arcs en fer à cheval reposant sur des colonnes à chapiteaux hafsides. Cette medersa est actuellement un centre de formation de couturiers d’habits traditionnels. Demandez Si Abdelkrim Hasni qui y est formateur. A l’origine, Si Abdelkrim est maître sellier, son grand père reçut le titre de maître sellier à Paris en 1936. Il était connu comme étant le meilleur sellier de Tunis. La profession se transmettait de génération en génération.

Porte d'entrée de la medersa.

Porte d’entrée de la medersa.

La medersa Chamaiya.

La medersa Chamaiya.

Si Abdelkrim Hasni me montrant des photos de gants servant à protéger les tatouages de henné de la mariée.

Si Abdelkrim Hasni me montrant des photos de gants servant à protéger les tatouages de henné de la mariée.

Souk El Attarine

En poursuivant, prenez à gauche, descendez 100m, tournez à droite puis de nouveau à droite. Vous êtes dans le souk El Attarine (souk des parfumeurs).

Le souk el Attarine date du XIIIe siècle et est sans doute l’un des plus beaux de la vieille ville, avec ses boutiques étroites et profondes. Chaque échoppe est un régal pour les sens, pour l’odorat d’abord, avec toutes ces fragrances un peu lourdes et sucrées. Les yeux y trouvent aussi leur compte, éblouis par une multitude de fioles multicolores, les cônes verts de poudre de henné et d’herbes à parfum.

Une des ruelles du Souk el Attarine.

Une des ruelles du Souk el Attarine.

Etals du Souk el Attarine.

Etals du Souk el Attarine.

Au 9 bis, Souk el Attarine, le fondouk a été réhabilité (je vous laisse juger de la rénovation) pour être la vitrine de l’artisanat authentique tunisien (Page Facebook). C’est aussi un salon de thé, mais je vous conseille de pousser un petit plus la rando pour trouver un petit café plus sympathique et pittoresque.

Patio du fondouk el Attarine.

Patio du fondouk el Attarine.

Juste avant la mosquée Zitouna, sur la gauche, une grande porte cochère monumentale jaune indique l’entrée d’une ancienne caserne construite en 1810 par Hamouda Pacha pour servir de casernement aux troupes des janissaires. Elle fut par la suite utilisée comme prison. Ali III Bey ordonne la création d’une bibliothèque nationale, logée initialement au n°20 du Souk el Attarine, elle est ensuite transférée dans cette caserne jusqu’en 2005. Le bâtiment est en attente de restauration et est fermé au public. Il ouvre exceptionnellement ses portes lors de festivités (festival Dream City par exemple). J’y suis allé une fois mais sans l’appareil photo…

Mosquée Zitouna

Continuez à remonter le souk en longeant la mosquée Zitouna (ou de l’Olivier), édifiée en 704. De la mosquée édifiée sous le règne des Omeyyades, il ne reste presque rien car l’édifice a été reconstruit en totalité en 864 sous le règne de l’émir agghlabide Aboul Ibrahim. Il s’agit de la deuxième mosquée construite en Ifriqiya et la deuxième plus grande mosquée de Tunisie après la Grande Mosquée de Kairouan. Sa surface est de 5000 m², elle comporte 9 entrées et 184 colonnes antiques provenant essentiellement du site de Carthage.

Façade avant de la Zitouna.

Façade avant de la Zitouna.

Cour intérieure de la Zitouna.

Cour intérieure de la Zitouna.

Medersa Khaldounia

En face de l’entrée nord de la mosquée se trouve un petit couloir non couvert (la rue Ibn Abdesslam) qui mène à une ancienne medersa : la medersa Khaldounia ou medersa Asfouria datant du XIIIème siècle, d’époque hafside donc. Ibn Abdesslam fut l’un des savants dont le nom est associé à l’essor de cette medersa. Elle est ensuite le siège de la première école moderne de Tunisie (fondée en 1896), elle constitue aujourd’hui une bibliothèque bilingue, abritant plusieurs milliers de volumes et une centaine de manuscrits. Elle est rattachée à la Bibliothèque nationale de Tunisie.

Vous pouvez voir aussi à gauche de l’entrée de la Khaldounia la porte d’entrée de la midhat Soltane. Cette salle d’ablution rituelle (midha) fut construite entre 1448 et 1450 par le Sultan Abou Amr Othoman, pour les dignitaires de la cour. Entièrement de marbre blanc, elle possède des décors géométriques en marbre noir à la puissante abstraction ainsi qu’une fontaine octogonale en son milieu, en marbre blanc elle aussi, et qui permettait à huit personnes de s’asseoir en même temps pour faire leurs ablutions. Sur les trois côtés de la salle, dans des alcôves (iwans), des gradins maçonnés sont disposés avec à leur pied, un système de rigoles pour l’arrivée et l’évacuation de l’eau. Cette midha est malheureusement fermée au public.

Le patio couvert de la Khaldounia.

Le patio couvert de la Khaldounia.

Zaouia Sidi el Klay et Mausolée Sidi Ben Arous

En haut du souk el Attarine, prenez à droite la rue Sidi Ben Arous. Passez devant la librairie Diwan, spécialisée dans les ouvrages sur la Tunisie principalement, puis le café Sidi Ben Arous où il est très agréable de s’arrêter, d’observer les passants s’activer, tout en buvant un thé à la menthe. Au niveau du café, une grande porte (peinte en bleu dernièrement) indique l’entrée du mausolée (zaouia) de Sidi el Klay (XVème siècle). Ce mausolée est actuellement habité par une famille. Demandez la permission d’entrer dans le patio : une petite merveille.

20 mètres plus loin, à droite, s’ouvre le mausolée de Sidi Ben Arous. Il occupe l’emplacement du lieu dans lequel Sidi Ben Arous s’est installé à son retour du Maroc. Il a été construit en 1437 sous le règne des Hafsides puis remanié en 1654 par Hammouda Pacha Bey. Même modèle de disposition des pièces : driba (pièce d’entrée) avec dokania (bancs de pierres contre les murs), suivie de sqifa en chicane. De très beau carreaux de céramique, des zelliges bleus et blancs, décorent les murs. Le plafond de la driba est peint à l’italienne.

Plafond de la driba du mausolée Sidi Ben Arous.

Plafond de la driba du mausolée Sidi Ben Arous.

Skifa du maosolée Sidi Ben Arous.

Skifa du maosolée Sidi Ben Arous.

Nous aboutissons à un patio pavé de kadhel (grès) désormais couvert, entouré d’une galerie. En face de l’entrée, la chambre funéraire, à droite, une petite salle de prière. La zaouia abrite désormais une bibliothèque et sert de siège pour les associations groupées pour la sauvegarde du Coran. Dans la chambre funéraire, se trouvent entre autres, les tombeaux de Sidi Ben Arous et de la beya Aziza Othmana.

Sidi Ben Arous est né à la fin du XVème siècle dans un village entre Nabeul et Zaghouan. Dès son jeune âge, il fait preuve d’ascétisme et de piété. Il quitte sa famille et s’installe à Tunis où il fréquente le mausolée de Sidi Mehrez, avant de partir vers Béja puis au Maroc ; il séjourne à Fès puis Marrakech et s’initie au soufisme et aux pratiques maraboutiques. Il revient par la suite à Tunis et choisit un ancien atelier comme lieu de méditation. Le souverain hafside Abou Amr Uthman le fait aménager en zaouia. Très vite, ce lieu devient une destination privilégiée des visiteurs, au point d’engendrer des bousculades interminables. Les autorités décident alors sa fermeture mais reviennent par la suite sur cette décision.

Aziza Othmana, née en 1606 et décédée en 1669, est une princesse tunisienne appartenant à la dynastie beylicale des Mouradites. Elle est la fille d’Ahmed Dey et la petite-fille d’Othman Dey. Tous deux ont été élus commandant militaire de la province de Tunis par la milice des janissaires. Elle grandit dans le palais de son grand-père où elle reçoit une éducation solide avec pour maîtres des érudits qui lui font découvrir la civilisation islamique. Elle étudie également le Coran. Plus tard, son père la marie à Hammouda Pacha Bey de la dynastie des Mouradites ; elle quitte alors le palais pour vivre auprès de son époux. Elle accomplit alors son hadj en emmenant ses serviteurs et esclaves. Elle reste surtout célèbre pour ses œuvres de bienfaisance. Vers la fin de sa vie, elle affranchit ainsi l’ensemble de ses esclaves et constitue en habous (type de législation relative à la propriété foncière, voir la définition) la totalité de ses biens, soit plus de 90 000 hectares de terrains plantés ou semés, au profit d’œuvres caritatives très diverses : fonds destinés à affranchir les esclaves et racheter les prisonniers, fonds pour constituer les trousseaux de mariage des jeunes filles pauvres, etc. Le testament qu’elle rédige la dessaisit en effet de tout ce qu’elle possède. Elle fonde et participe au financement de l’hôpital qui devient plus tard l’actuel hôpital Aziza Othman, que nous décrirons dans l’article « Randonnée dans la médina de Tunis (partie sud) ». Dans son testament, la princesse Aziza Othmana fait part de son souhait de voir des fleurs déposées sur sa tombe. Son souhait est toujours exhaussé de nos jours.

Mausolée Hamouda Pacha

En sortant du mausolée de Sidi Ben Arous, vous pouvez voir, mitoyens : le mausolée de Hammouda Pacha Bey, puis la mosquée Hammouda Pacha et son minaret.

Successivement, le mausolée Sidi Ben Arous, suivi du mausolée Hammouda Pacha, suivi du minaret et de la mosquée Hammouda Pacha.

Successivement, le mausolée Sidi Ben Arous, suivi du mausolée Hammouda Pacha, suivi du minaret et de la mosquée Hammouda Pacha.

Minaret de la mosquée Hammouda Pacha (influence turc mais avec la spécificité tunisoise)

Minaret de la mosquée Hammouda Pacha (influence turc mais avec la spécificité tunisoise)

Hammouda Pacha Bey, décédé en 1666, est le second bey de la dynastie tunisienne des Mouradites. Il règne de 1631 à sa mort. Fils de Mourad Bey et d’une odalisque d’origine corse du nom de Yasmine, il se distingue autant par sa fermeté que par sa générosité et sa sollicitude envers le peuple. Durant son règne, il mène plusieurs expéditions contre certaines tribus dissidentes dans le nord-ouest et le sud du pays afin de maintenir l’ordre et la sécurité. Souverain bâtisseur, il fait notamment édifier plusieurs souks dans la médina ainsi que plusieurs palais dont le Dar Hammouda Pacha et l’ancêtre de l’actuel Dar el Bey (évoqués tous deux en début de l’article). En 1655, il fait construire par des architectes ottomans la mosquée portant son nom de style turque avec spécificité maghrébine et dotée d’un élégant minaret octogonal, au pied duquel il édifie le mausolée de sa famille. Parmi ses autres réalisations figurent l’édification avec son épouse Aziza Othmana d’un bimaristan (hôpital) dans la médina de Tunis et la reconstruction, accompagnée d’embellissements, du mausolée de Sidi Sahab (mosquée du Barbier) à Kairouan. Il achète en 1643, au diwan de la milice turque de Tunis, l’ancien palais de plaisance des souverains hafsides, le palais du Bardo. Composé initialement de trois pavillons qu’il fait restaurer, il l’agrandit par l’ajout de vergers, d’un hammam, d’un café, de souks et d’un fondouk pour les visiteurs. C’est son fils Mourad II Bey qui en fait une résidence princière quasi-permanente. Hammouda meurt en 1666 au Dar El Bey qu’il avait construit pour être plus proche du peuple. À sa mort, il est inhumé dans le mausolée situé dans la cour de sa mosquée à l’angle opposé au minaret.

Souk Ech Chaouachine

En face des mausolées de Sidi Ben Arous et de Hammouda Pacha Bey, se trouve l’entrée du Souk Ech Chaouachine.

Une des entrées du Souk Echaouachine.

Une des entrées du Souk Echaouachine.

Ce souk a été construit par Mohamed Bey El Mouradi en 1693. À cette époque, ce sont les immigrés andalous qui importèrent la technique de fabrication de la chéchia (couvre-chef masculin en forme de calotte). C’était une véritable industrie au vu du nombre de corps de métier impliqués dans sa fabrication. Au début du XVIIème siècle, c’était déjà la première industrie du pays en termes de quantités écoulées ou exportées vers tous les ports du bassin méditerranéen. La chéchia est un bonnet en laine de couleur rouge en Tunisie et ornée, pour les plus luxueuses, d’un gland de soie bleue ou noire. Sa confection, qui exigeait plus de deux mois de travail, était segmentée en tâches telles que le tricotage qui se faisait à l’Ariana, la couture à Bab Souika, le lavage et le foulage à Tebourba sur le pont-barrage d’El Battan, la teinture à Zaghouan et enfin la mise en forme, le feutrage et la finition dans les ateliers des souks de Tunis. Ces travaux étaient effectués par des ouvriers et des apprentis (sanaa) alors que le patron (maalem) se tenait au comptoir pour accueillir la clientèle et les grossistes qui exportaient les chéchias principalement vers la Turquie, l’Algérie et l’Egypte.

Echope du Souk Echaouachine.

Echope du Souk Echaouachine.

Les matières premières étaient importées d’Espagne et d’Italie (laine), de France (cochenille), du Proche-Orient (la soie). Les fabricants étaient organisés en corporation, comme tous les autres métiers des souks. Le président du syndic était élu par ses pairs ou nommé par le bey régnant selon les époques, preuve de l’importance de cette activité pour la Tunisie. Il était d’office nommé président du syndic de tous les commerçants de la capitale. Son rôle était d’organiser la corporation, de recommander des prix moyens, de définir des standards de qualité et de régler les contentieux entre membres de la corporation ou avec les intervenants extérieurs comme les fournisseurs ou les négociants.

Vous pouvez parcourir les allées du souk, flâner devant les boutiques, ou vous arrêter au fameux café des Chaouachines. Le café Chawachin, qui date de 1692 et qui a pris le nom du souk des artisans qui l’entoure, a gardé une touche traditionnelle particulière. Les soirs de Ramadan, il est envahi par les Tunisois. Il prend alors des allures de « café chantant » : hadhra, chicha, café turc. La petite troupe de « mounchidine » au milieu anime l’ambiance. Tout le monde danse, assis ou debout ; difficile de résister à la tentation des chants soufis.

Fin de la rando

Regagnez par le haut du souk ech Chaouachine la rue Dar El Bey puis longez le palais du même nom pour arriver à la place de la Kasbah. C’est là le terminus de notre 1er parcours dans la médina.

Laissez reposer vos pieds une journée ou deux et n’hésitez pas à entreprendre les autres parcours que nous proposons sur le site : Partie Nord et Partie Sud.

Pour vos prochaines visites, laissez-vous guider au hasard de vos pas, posez des questions aux habitants, demandez la permission d’entrer dans les maisons qui vous semblent intéressantes. Perdez-vous dans les ruelles. Appropriez-vous l’espace. La médina de Tunis recèle de nombreux trésors cachés non décrits dans ces articles car privés. A vous de les découvrir par vous-même!

La médina de Tunis est un espace urbain exceptionnel mais en très grand péril malgré son classement à l’Unesco. Un grand nombre de maisons et d’édifices ont déjà disparu et cette tendance s’accélère. La rénovation des monuments privés et publics a un coût très élevé. Votre intérêt pour la médina, vos fréquentes visites motiveront les entreprises privées et publiques à envisager des projets de rénovation et de réhabilitation. De nombreuses chambres d’hôtes existent ou sont en cours de projet. Pourquoi ne pas se laisser tenter par un weekend dans une maison bourgeoise du XVIIème, par un repas de cuisine traditionnelle tunisienne dans une de ces maisons réhabilitées en restaurant ou tout simplement venir régulièrement siroter un thé à la menthe dans le même café par exemple? La meilleure façon de connaître la médina de Tunis est de la vivre et de la faire vivre.

Sources

  • Wikipédia
  • Palais et Demeures de Tunis (XVIème et XVIIème) et Palais et Demeures de Tunis (XVIIIème et XIXème), de Jacques Revault, Edition du CNRS
  • Maisons de la Médina – TUNIS, de Jamila Binous et Salah Jabeur, Dar Ashraf Editions
  • Sous le toit de l’Empire. La Régence de Tunis 1535-1666, de Leila Temime Blili, Edition Script
  • Tunis Ville Ottomane. Trois Siècles d’Urbanisme et d’Architecture, de Ahmed Saadaoui, Edition Centre de Publication Universitaire

 

Liens

Trois sites parmi tous ceux existants concernant la médina de Tunis :

  • Le site de l’Association de Sauvegarde de la Médina de Tunis : Site
  • L’exceptionnel site de la visite des monuments de la médina de Tunis en 3D : Site
  • L’Association Actions Citoyennes en Médina (L’mdina Wel Rabtine) : Site et Page Facebook

Bonne découverte !

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  • A propos Philippe
    Après un passage de 1996 à 1998 me voilà de retour en Tunisie depuis 2009. Professeur au Lycée français de Mutuelleville, je sors régulièrement les week-end à la découverte du patrimoine historique et traditionnel tunisien. Je réalise également de nombreuses randonnées dans le nord tunisien.

    4 réponses à Randonnée dans la médina de Tunis (côté Ouest et Nord)

    1. Anny Bel Hadj Amor dit :

      superbe voyage dans le passé! Après avoir fait la visite virtuelle, je compte bien bien la faire réellement avec toi, Philippe!

    2. Zeineb hedhili dit :

      I am Tunisian ,i live in Tunis ,i always visit the medina but after reading this article waaaaw i feel like i have never been there i think i should start from your article and discover the Medina again 🙂 thank you soo much

    3. pina dit :

      Thank you Philippe for this article and for the location map. I will try to go again and follow your plan 🙂

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